> Consultez les articles de Tribu Snorkeling numéro 3 Retour liste des articles
Tribu Snorkeling numéro 3 - octobre décembre 2008
> Photo : le cadrage version PDF
Photo : le cadrage
Cadrer, c’est découper une image dans l’espace. En faire un ensemble qui suffit à lui-même. Le cadrage est le véritable parti pris du photographe : il compose son décor, place son sujet, définit une perspective. Théoriser sur le sujet reviendrait à vouloir expliquer comment dessiner un bouquet de fleurs, il y a une infinité de façons de le faire. Voici quelques conseils pour plus d’efficacité.
Mettre en valeur le sujet
Quel que soit le sujet principal, une girelle ou une épave, un oursin ou un rocher concrétionné, il importe de décider si le sujet est intéressant en lui-même, si c’est son action qui importe, ou si c’est le décor qui magnifie sa présence. A chaque proposition, vous aurez cadré plus large.
La ligne académique consiste à placer le centre d’intérêt principal sur une diagonale allant du haut à gauche de l’image jusqu’en bas à droite. On peut donc choisir de composer une image immédiatement lisible, ou bien un peu « décalée » (attention à ne pas devenir illisible) en s’écartant de cette ligne.
Si le sujet est en mouvement, il est souvent intéressant de conserver une partie du champ devant lui, et laisser ainsi l’imagination du spectateur se figurer la continuité du mouvement. La contre-plongée (une prise de vue du bas vers le haut) est souvent l’angle le plus parlant pour photographier une structure rocheuse ou tout autre sujet un peu imposant. Elle permet d’intégrer la surface (qui fait office de ciel sous la mer) et traduit au mieux les proportions. Les paysages sous-marins, dans les meilleures conditions, ne peuvent être mis en boîte au-delà de trente - quarante mètres de distance.
Si l’on peut approcher suffisamment d’un animal, il sera possible d’en capturer un détail. Le plus simple est d’y inclure au moins le regard, et de cadrer pour rendre au mieux l’éclat et le mélange des couleurs. Sinon, mieux vaut l’inclure dans le biotope, lui composer un décor qui lui donne vie et le saisir dans une position qui augmente sa présence. Il fera généralement plus d’effet en s’avançant vers le photographe qu’en offrant sa caudale à l’artiste.
Cadrer utile
De la partie précédente, on peut déduire qu’après avoir choisi le sujet, on se préoccupe de tout ce qui l’entoure. Un premier plan, un arrière-plan, des sujets secondaires, la place du sujet principal dans le cadre, son importance relative par rapport aux autres éléments. Les accords et désaccords de couleurs. La direction de la lumière naturelle sur le sujet et sur le reste de la composition.
Il est risqué de construire une image avec de forts contrastes, des zones d’ombres et l’éclat du soleil en même temps. Si l’on choisit de saisir un sujet fixé, il est prudent de le décentrer pour qu’il ne s’impose pas de manière trop forte sur l’image, ou c’est là encore un parti pris : il faudra alors essayer d’en renforcer l’effet, le rendre plus imposant, plus présent, plus central.
On peut toujours modifier un cadrage après coup, mais uniquement dans un sens. On pourra zoomer dans une image existante (jusqu’à un certain point) mais non l’inverse. On ne rattrapera jamais la netteté générale, la profondeur de champ ou les données de l’éclairage. Seule une photo bien cadrée à l’origine permettra de « sortir » une bonne image.
Ambiance
Choisir son sujet peut consister, justement, à refuser d’en choisir un. A rendre compte d’une ambiance, dans laquelle le poisson, le nageur, le tombant, la branche de corail ou l’éclat du soleil sont tous des sujets secondaires. La scène globale devient le sujet. Le jeu consiste alors à ne pas donner trop d’importance à l’un des sujets secondaires. Les images d’ambiance dégagent une atmosphère, traduisent le sentiment éprouvé par le photographe devant un spectacle, et cherchent à en suggérer d’autres ! Un tombant sans vie, tout en ombre et lumière, pourra faire ressentir le vertige des grands fonds ou le mystère des paysages silencieux. Une image plus serrée, détail d’un banc de poissons, avec une multitude d’individus dans le cadre, exprimera l’exubérance de la vie sous-marine.
Impératif technique
Le milieu aquatique est dévoreur de lumière, de couleur, souvent de netteté. Avec ou sans flash, il est important d’être le plus proche possible de son sujet principal (pour diminuer l’épaisseur d’eau entre lui et l’objectif), et d’utiliser le plus grand angle possible (pour permettre à un maximum de lumière d’impressionner le capteur ou la pellicule). L’utilisation du grand angle éloigne artificiellement le sujet, raison de plus pour s’en approcher.
Essayer, essayer, essayer
Le numérique vous permet à loisir et sans surcoût de tenter toutes les expériences. Un sujet vous inspire ? Essayez différents cadrages avec application : horizontal, vertical, en plongée, contre-plongée, en intégrant les rayons du soleil, en provoquant un contre-jour. Ensuite, multipliez les compositions : sujet au milieu, seul, accompagné, perdu dans l’image ou dévorant le cadre au point de ne pas y tenir tout entier. Les résultats vous surprendront. Certains vont correspondre à ce que vous aviez envie de montrer, ou tout le moins apporter une amélioration à ce que vous faisiez précédemment. A vous d’explorer ces nouvelles pistes pour rendre compte du réel.
Cadrer c’est exister
Idéalement, le photographe prévoit et compose l’image qu’il désire réaliser avant de plonger son regard dans le viseur ou sur l’écran de contrôle.
Depuis longtemps, les appareils choisissent la sensibilité, la vitesse, l’ouverture et sont remplis de logiciels « spécial balançoire », « spécial mariage en plein air » ou « saut à l’élastique de nuit ».
Il existe désormais des appareils qui font le point sur les objets visés par votre pupille, d’autres qui reconnaissent les visages et font le nécessaire sans intervention du photographe, d’autres encore qui prennent automatiquement une image lorsqu’ils détectent des sourires (si, si !). Aucun ne cadre encore à votre place. Et c’est heureux.
Retrouvez l'ensemble des articles dans nos magazines.
Découvrez les n°1, n°2 et n°3.