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Tribu Snorkeling numéro 1 - avril juin 2008

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Rencontre
Naissance d’une expression

Dans le petit monde des hommes-grenouilles de tous poils, Daniel Mercier est un homme illustre. Son énergie et son activisme en ont fait un précurseur dans bien des domaines. Son œuvre majeure reste le Festival mondial de l’image sous-marine, dont la 35e édition se déroulera cet automne à Antibes Juan-les-Pins. Nous vous en reparlerons.
Convaincu depuis longtemps que le snorkeling est le moyen le plus démocratique de faire découvrir le monde sous-marin, notamment auprès des enfants, Daniel est aussi à l’origine du terme de « randonnée palmée » ! C’est avec gourmandise qu’il a accepté de raconter cette anecdote historique dans les pages de notre premier numéro.

Daniel Mercier : La randonnée palmée est née à Antibes en 1991. Cette année-là, je présentais le Festival mondial de l'image sous-marine au Salon de la randonnée, à Paris, devant un public de 300 randonneurs. Je leur ai déclaré que nous aussi, plongeurs, faisions de la randonnée : en descendant une rivière, en faisant le tour d’un cap ou d’une île, que ce soit en s’immergeant avec palmes, masque et tuba ou avec un scaphandre.
De retour à Antibes pour animer un stage de guide de la mer, j'ai raconté l'expérience vécue au Salon de la randonnée. Une discussion s’est ouverte sur l'appellation à donner à cette activité : "snorkeling" comme les Anglais ? Ou bien allions-nous devenir des "tubistes" ou des "palmistes" ? L'un des participants m’a alors rappelé avoir utilisé à plusieurs reprises le terme "randonnée". Ses paroles ont été pour nous une évidence. La randonnée palmée était née.
Nous avions organisé dans la foulée une randonnée autour du Cap d'Antibes. Cinq miles environ, avec des plongeurs du Spondyle Club et quelques invités de la presse.

Tribu Snorkeling : Comment avez-vous conçu et animé cette première sortie ?
DM : Pour cette première sortie, j'avais choisi le thème des oursins ; l’oursin noir, Arbacia - ou Capelans comme on l’appelle chez nous, car il est noir et ressemble à un chapeau de curé ! Pour la plupart des Méridionaux, il est le mâle du Paracentrotus, l'oursin comestible qui, lui, est brun, vert ou violet. Mais il s’agit bien de deux espèces. J’ai pris le temps de montrer à mes compagnons de balade les nombreuses autres différences morphologiques moins évidentes entre les deux espèces. Puis nous avons aperçu quelques Sphaerechinus, cet oursin violet tacheté de blanc, dont les piquants sont peu acérés. Comme les oursins tropicaux, il a un goût légèrement doucereux. Pourtant, il n’est pas consommé chez nous alors qu’en Afrique du Nord, ils en sont friands.
De retour sur le bateau, nous avons dégusté quelques oursins comestibles. Enfin juste les gonades couleur corail. Tout le monde trouva cela délicieux ! Les participants gardèrent un excellent souvenir de l’expérience.
Suite à notre initiative, les médias ont publié un reportage sur cette nouvelle discipline. Le club reçut rapidement des demandes : des clients désiraient faire des randonnées au Cap d'Ail, dans les calanques de Cassis, aux îles de Lérins, etc.
A la même époque, le directeur de l'office du tourisme de l'Estartit en Catalogne, Monsieur Josep Capella, revenait des Bahamas où il avait découvert la randonnée palmée à l’américaine. Persuadé que c’était là une voie d’avenir, il l’a lancée dans sa région et a eu beaucoup de succès depuis. Les Américains appelaient cela le "Sea-watching". Nous avions préféré le traduire en anglais : "Fin's trekking" (Ndlr, « fin » signifie « palme » en anglais).

TS : Selon vous, quelle est la logistique idéale à mettre en place pour organiser une sortie ?
DM : La randonnée, c’est une balade en mer avec un équipement réduit : un masque, un tuba, des palmes, et une combinaison si nécessaire. Chaque randonneur peut s’équiper d'une petite planche, comme celles qui sont utilisées par les surfeurs ou les body-boarder, pour se reposer, pour poser un sac étanche comprenant, par exemple, des vêtements et chaussures pour un éventuel retour sur terrain sec, mais également des aliments et boissons. Ces randonnées, suivant les lieux, peuvent durer de quelques heures à quelques jours avec bivouac. Il est important de prévoir une embarcation pour suivre les randonneurs et le guide lorsque les parcours sont longs et difficiles.

TS : En tant que président fondateur des guides de la mer de l’ANMP (Association nationale des moniteurs de plongée), quelles sont, selon vous, les qualités requises pour animer une randonnée palmée ?
DM : La randonnée palmée n'est pas une course, c'est une découverte du milieu, en privilégiant l'observation, en prenant garde de respecter le rythme de ses partenaires ou de ses clients si l’on est un moniteur.
La clientèle existe, il faut savoir l'intéresser, la canaliser, ouvrir des offices de randonnée dans les communes disposant d’un littoral adapté. Et le guide doit savoir s'adapter à son public. Je pense que la meilleure formule consiste en un groupe ne dépassant pas cinq personnes, le guide peut alors montrer et faire partager sa connaissance à tous.
Cette activité est une ouverture importante pour la plongée, elle demande moins de matériel, moins de moyens, mais surtout la randonnée palmée est à la portée de tous, du plus jeune au plus âgé, un loisir familial en milieu naturel.
Aux moniteurs, aux encadrants, qui sont mes pairs, je souhaite de belles randonnées. Qu’ils s’enrichissent d'anecdotes, de connaissances du milieu qu’ils vont faire découvrir. Qu’ils réjouissent leurs groupes de randonneurs palmés !



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